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Peut-on utiliser l’écriture inclusive en rédaction web ?

Article invité écrit par Alexia Peytoureau.

L’écriture inclusive, on aime ou on n’aime pas, on est pour ou contre mais une question se pose quand on souhaite l’utiliser sur internet : a-t-elle un impact sur le référencement naturel ?

Je ne vais pas y aller par quatre chemins et vous obliger à lire tout l’article pour avoir la réponse si vous êtes pressé. N’en déplaise à ses partisans, l’écriture inclusive est à éviter si vous voulez positionner votre site en haut des résultats de recherche sur Google.

Mais pourquoi ça ? Je vous explique tout et un peu plus !

L’écriture inclusive, qu’est-ce que c’est ?

On l’appelle écriture inclusive, rédaction épicène, langage épicène, langage neutre, langage « non sexiste » ou encore langage « dégenré ». L’écriture inclusive est une manière d’écrire en ôtant la notion de genre.

Des exemples valent mieux que de longs discours, vous avez probablement déjà croisé l’écriture inclusive sous ses différentes formes d’écriture :

  • Avec des parenthèses : musicien(ne)
  • Avec un slash : chanteur/se
  • Avec des tirets : décidé-e-s
  • Avec le point médian : instituteur·trice
  • De nouveaux mots : agriculteurices ou iels par exemple
  • En utilisant le mot au masculin et le mot au féminin : citoyens et citoyennes
  • En écrivant une formule englobante : l’ensemble des étudiants
  • En utilisant un mot différent ou un synonyme : les challengers au lieu des joueurs et des joueuses, la direction au lieu des directeurs et des directrices

Il existe de nombreuses possibilités et formes différentes pour l’écriture inclusive, ce qui, vous vous en doutez, ne facilite pas l’expérience utilisateur et la recherche en termes de SEO.

Si vous vous demandez comment écrire le point médian ·, sur Mac, il faut taper alt+maj+f et sur PC, alt+0183. Oui, pas facile !

L’impact de l’écriture non genrée sur le référencement naturel : faisons le test !

Le plus simple était encore de faire un test. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Olivier Andrieu, considéré comme le meilleur référenceur français par le JDN (titre donné en 2013) pour savoir comment Google traitait ce type de texte et ce que nous allons faire ici.

Vous pouvez vous-même essayer sur votre moteur de recherche.

Avec « musicien(ne) », Google comprend que vous souhaitez utiliser à la fois le masculin et le féminin. Dans les résultats, on obtient d’ailleurs d’autres formes d’écriture inclusive comme « musicien/ne » ou « musicien·ne ». Néanmoins, les résultats de recherche sont différents si vous tapez seulement « musicien » ou seulement « musicienne ».

Avec « directeur/trice », Google comprend que vous voulez dire « directeur directrice ». Cependant, une fois encore vous obtiendrez d’autres résultats si vous tapez « directeur » seul ou « directrice » seule.

Si vous tapez étudiant·e dans Google, les requêtes seront au masculin « étudiant » ou sous la forme inclusive « étudiant·e » mais vous ne trouverez pas la forme « étudiante ». De plus, vous n’aurez pas les mêmes réponses que si vous tapez « étudiant » ou « étudiante ».

Le point médian semble traité comme un espace par Google, tout comme le tiret. Les deux semblent interprétés de la même manière par le moteur de recherche. Si vous tapez « citoyen-ne », vous tomberez d’ailleurs sur des propositions avec un point médian « citoyen·ne ». Et je vous le donne en mille : les résultats ne seront pas les mêmes que si vous tapez le masculin ou le féminin du mot !

Pour agriculteurices, Google nous propose une correction « agricultrices » et on ne trouve que des résultats où le terme exact est écrit.

A lire pour aller plus loin : Les 9 erreurs de typographie qui piquent les yeux en rédaction web

Les conclusions du test : mieux vaut ne pas utiliser l’écriture inclusive pour votre SEO !

La conclusion est sans appel : si la requête est inclusive, les résultats le seront. Si la requête est non inclusive, les résultats seront non inclusifs.

Si les requêtes étaient faites en majorité sous forme inclusive et que vous souhaitez vous adresser uniquement aux personnes utilisant cette forme, il n’y aurait pas de problème. Mais ce n’est absolument pas le cas.

Par exemple, prenons une requête sous trois formes différentes :

  • « Directeur des ressources humaines » : cherchée 14 800 fois par mois,
  • « Directrice des ressources humaines » : cherchée le même nombre de fois (Google semble comprendre que l’un et l’autre évoque la même chose),
  • « Directeur/trice des ressources humaines » (de même que « directeur(trice) des ressources humaines ») n’est cherchée que 10 fois par mois.

Autre exemple :

  • « Chargé de communication » : recherchée 8 100 fois par mois
  • « Chargée de communication » : idem (comme pour directeur et directrice, Google semble comprendre qu’il s’agit du même poste au masculin et au féminin)
  • « Chargé-e de communication » : 50 fois par mois !

Si vous voulez vous-même faire le test sur une requête au masculin, au féminin et sous une forme inclusive, j’ai utilisé Uber Suggest (3 recherches gratuites par jour).

Ce qui fait une sacrée différence !

Découvrez dans cet article de notre Miss, d’autres outils SEO pour trouver vos mots clés.

L’écriture inclusive n’est pas une très bonne idée pour le SEO tant que les moteurs de recherche ne traitent pas ce type de requête mais surtout tant que les utilisateurs ne tapent pas ce type de requêtes. Donc si vous souhaitez ressortir en première page de Google, vous n’avez pas d’autres choix que de vous soumettre à ses règles.

A lire pour aller plus loin : Devenir rédacteur web en 2020 : mode d’emploi

Vous voulez quand même utiliser l’écriture inclusive ?

Si vous avez quand même envie d’utiliser l’écriture inclusive, voici quelques conseils :

  • Bannissez-la des titles, du H1 et des autres balises headings (h2, h3 etc.) très importantes pour le référencement naturel
  • Bannissez-la aussi des urls (le point médian pouvant générer des erreurs) et des balises alternatives de texte qui seront lues pour les malvoyants (et par Google). Force est de constater qu’à l’oral, la forme inclusive est inutilisable
  • Le seul endroit où vous pouvez l’utiliser, c’est le corps du texte en lui-même. Mais je vous conseille plutôt d’utiliser les deux mots du masculin et du féminin plutôt que de faire des contractions. Si vos concurrents n’utilisent pas l’écriture inclusive avec le point médian, les parenthèses, le slash ou le tiret, ils seront mieux positionnés dans les résultats de recherche
  • Préférez la globalisation : « l’équipe enseignante » pour parler des professeurs hommes et femmes, « la direction » pour inclure les directeurs et les directrices…

A lire : 9 étapes pour des contenus performants

Réflexion sur une écriture plus excluante qu’inclusive…

Le débat sur l’écriture inclusive fait rage dans les hautes sphères du pouvoir, les milieux féministes et à l’Académie Française. Cette dernière a tout simplement refusé son utilisation, tout comme Édouard Philippe en 2017.

Mais qu’en pense les linguistes ? Qu’en est-il d’un point de vue plus scientifique que polémique ? Et si l’écriture inclusive visant à supprimer les différences renforçaient finalement les inégalités ?

32 linguistes ont signé un article dans Marianne en septembre 2020 que je vous invite à lire en entier pour mieux comprendre le côté excluant de l’écriture dite inclusive.

Pour vous le résumer, ils avancent plusieurs éléments. L’argument du « masculin qui l’emporte sur le féminin » souvent brandi pour promouvoir l’écriture inclusive est tout simplement faux. La langue n’a pas été masculinisée par des grammairiens mais par l’usage. De plus, les formes masculines du français sont à la fois des prolongations du masculin en latin (librum par exemple pour livre) et du neutre (templum pour temple). La formule neutre lissant alors le féminin ou le masculin.

Par ailleurs, les réformes orthographiques ont toujours pour objectif une simplification. C’est le cas par exemple de la suppression de l’accent circonflexe ou de la suppression du tiret dans des mots comme portemonnaie. Or, l’écriture inclusive n’a rien d’une simplification. Vous l’avez constaté, aucune règle n’est établie et fait légion. Il existe différentes façons d’écrire de manière non genrée. Les règles du français sont complexes mais au moins, il y a des règles qu’on peut appliquer de manière « bête et méchante » si je puis dire.

Cette complexification entraîne des risques d’exclusion pour ceux qui apprennent différemment et ceux ayant des troubles de l’apprentissage : malvoyants, dysphasiques, dyslexiques, dyspraxiques, dysgraphiques et autres troubles.

Impossible également d’oraliser l’écriture inclusive. Elle exclut de fait les personnes ayant recours à des logiciels de synthèse vocale. Et avec le développement de la recherche vocale, les utilisateurs ne sont pas prêts à faire des requêtes en écriture inclusive. Selon l’étude Uberall Voice Search Readiness Report de 2019, près d’1 français sur 5 utilise chaque semaine la recherche vocale et les chiffres devraient encore augmenter.

Outre le référencement naturel, c’est l’usage qui fait la langue. Elle nous sert avant tout à communiquer et il est important que tous puissent la comprendre. Pour le moment, mieux vaut se passer de l’écriture inclusive en rédaction web mais les changements surviennent vite, il est donc indispensable de rester attentif à ce que nous réserve l’avenir !

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Une réflexion au sujet de « Peut-on utiliser l’écriture inclusive en rédaction web ? »

  1. Très bon article, j’ai longtemps hésité pour mon nouveau site, mais au final : non. Car c’est aussi très compliqué de briefer des rédacteurs pour ça !

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